Après le départ du futur papa, je me retrouve seule dans la chambre de maternité, bercée par les pleurs des nourrissons alentour.

Je tente de dormir un peu, afin d'emmagasiner du sommeil pour être en forme pour la suite des évènements.

Ce fut peine perdue, car vers 22h je commence à ressentir des premières contractions qui s'apparentent à un vrai travail. Youpiiiiii, les voilà les fameuses contractions!!!! Si au début je parvenais à sommeiller entre chacune d'elles et gérais plutôt facilement, avec beaucoup d'autosatisfaction, lesdites contractions, je décidais néanmoins, pour accélérer le travail et faciliter la descente du bébé, de faire une longue séance de ballon.

La sage-femme de garde venait me rendre visite régulièrement, puis, après une nouvelle pose de monitoring, me confirmait que le travail était en route, lentement mais sûrement! Je préférais ne pas lui demander de regarder mon degré de dilatation pour ne pas être désespérée, sachant la longueur du travail pour une primipare comme moi...

Minuit: le travail prenait une autre tournure: les contractions devenaient de plus en plus fortes, de plus en plus longues, et de plus en plus rapprochées, tout en restant supportables. Par contre il m'était devenu impossible de dormir, donc j'occupais le temps comme je pouvais. Après une petite douche relaxante, je m'installais à nouveau dans le lit, afin d'accueillir pleinement chacune des contractions et de les gérer au mieux. Quand elles arrivaient, j'inspirais profondément et entamait trois longues expirations selon les exercices appris par ma soeur. Je m'efforçais de respecter au mieux les conseils avisés des sages-femmes m'ayant préparée à l'accouchement et ces phrases résonnaient dans ma tête: "la contraction est ton amie", "il faut accompagner la contraction"... ok ok, jusque là, je gère!

Une heure du matin: nouvelle visite de la sage-femme. Je cède à ma curiosité et lui demande de vérifier ma dilatation. Et là le couperet tombe avec un grand 2!!!! je suis verte d'être seulement à 2 cm de dilatation, et réalise avec effroi qu'en toute normalité, il me reste 8 heures de travail!

Pourtant, la douleur semble plus présente et les contractions encore plus rapprochées. Je teste de nouvelles positions pour me soulager au mieux: debout, accroupie, assise, couchée... rien à faire, la douleur est bel et bien là! Je tente alors un nouvel exercice inspiré de nos séances d'haptonomie. Me souvenant qu'il faut orienter notre conscience vers le bas avec le fameux exercice du modelage des jambes qui visait à faire pratiquer par le papa une sorte de massage insistant pour  déplacer la douleur, je m'installe en tailleur et, à chaque contraction, me pince fortement les cuisses tout en expirant. Ma petite invention fonctionnait pas mal puisque j'ai tenu à ce rythme encore trois bonnes heures.

Quatre heures du matin: je ne tiens plus en place, je suis crevée et les contractions deviennent insupportables. Même la défaite cuisante de Laure Manaudou ou l'énième exploit de Phelps ne parviennent pas à me captiver. Je commence à me focaliser sur la douleur et ne sais plus comment me positionner pour accompagner mes amies les contractions. Je résiste néanmoins en me rappelant mon petit défi personnel d'accoucher sans péridurale.

Quatre heures trente du matin: je n'en peux vraiment plus. Défi personnel ou pas, j'assume mon nouveau statut de lopette  et, face à la douleur, décide finalement de demander la péridurale. J'appelle en désespoir de cause la sage-femme à la rescousse tout en vouant un culte immense à toutes ces femmes qui ont accouché et accoucheront encore sans ce progrès de la science. Petite vérification du col: je suis dilatée à 5cm. Je me rassure alors en me disant que je n'aurais pu tenir encore 5 heures face à cette douleur.

La sage-femme me demande si elle doit prévenir mon mari, je lui répond que je préfère attendre que la péri soit posée pour ne le faire déplacer que lorsque les choses se préciseraient et le travail à son terme.

On vient me chercher et, après un petit tour dans les couloirs de la mater où j'ai pu admirer les magnifiques plafonds monochromes depuis mon lit à roulette, on m'installe enfin sur la table de travail. L'anesthésiste mettra des plombes à arriver, à tel point qu'il me prenait des envies de hurler qu'on me le ramène par la peau du cul l'anesthésiste bordel! La contraction n'était plus du tout mon amie et je me tordais de douleur sur la table de travail. Pour me faire patienter, on m'installe côté gauche avec une nouvelle pose de monitoring.

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Les contractions étaient bel et bien là, fortes et rapprochées (courbe de droite) pendant que mon petit bébé dormait paisiblement avant la grande aventure (courbe de gauche).

Cinq heures du matin: l'anesthésiste arrive enfin, pas un bonjour... j'avais envie de lui hurler toute ma douleur et qu'un peu de politesse n'avait jamais tué personne bordel, mais bon c'était mon sauveur, et je l'accueillais avec un demi-sourire de circonstance, tout en lui faisant le dos rond. Je n'ai pas ressenti la piqûre dans le dos ni même appréhendé cette fameuse grosse aiguille, tant j'étais contente d'en bénéficier.

La péri posée, il me tardait d'en ressentir les effets, qui arrivaient peu à peu.

L'anesthésiste demande à la sage-femme de vérifier mon col. Celle-ci fait alors un bond en criant: "elle est à dilatation complète!!!!!! Félicitations Madame, vous êtes passée de 5 à 10 cm en une heure!".

Moi j'étais partagée entre la rage de savoir que j'avais au final effectué le travail toute seule  jusqu'au bout alors que la péri ne s'avérait donc plus indispensable, et soulagée par cette péri tant attendue dont je ressentais enfin les effets.

La sage-femme m'informe qu'elle part appeler le futur papa, qui me racontera plus tard leur conversation:

ça sonne. Voix dans le pâté de mon mari: "oui ma chérie"

la sage-femme: "non c'est pas votre chérie, c'est la sage-femme. il faudrait venir sans tarder Monsieur, votre femme est à dilatation complète!"